Lia Barelli / Manuela Gianandrea / Susanna Passigli (a cura di): Viae Urbis. Le strade a Roma nel medioevo (= I libri di Viella. Arte), Roma: Viella 2023, 404 S., ISBN 978-88-3313-871-8, EUR 55,00
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Cet ouvrage réunit les contributions présentées lors d'un colloque tenu à Rome en septembre 2021 dans le cadre d'une reconsidération des études sur l'histoire de la ville et de ses structures, spécialement depuis la décennie 1980, parallèlement à l'élaboration et à l'utilisation de nouvelles méthodes historiographiques. En ce qui concerne les rues, le propos est d'élargir une vision trop souvent uniquement topographique.
À l'entame de la publication, l'étude de l'ancienne Sacra Via devenue Via Sacra s'avère particulièrement révélatrice de la transformation progressive, matérielle et symbolique, du centre politique et religieux de l'ancienne capitale impériale en un axe significatif du paysage et du calendrier liturgique de la ville chrétienne (Domenico Palombi). Avec l'examen basé sur le Liber Pontificalis, de l'action du pape Pascal II (1099-1118) en matière de topographie, le propos s'élargit à l'amélioration de la situation économique de la ville. Conséquence d'une élévation constante du niveau des rues dans les zones basses, des gains substantiels s'enregistrent par ailleurs en termes de salubrité (Federico Guidobaldi). Est posée la question de la relation ou de la coexistence entre vestiges antiques et réseau viaire médiéval (Hendrik Dey). L'analyse stratigraphique du Vicus ad Carinas révèle des formes et modes de continuité (Giulia Facchin, Riccardo Santangeli Valenzani).
Des rapports s'intéressent à la « décoration » et à l'équipement des artères et espaces publics. Mettant en œuvre des ressources textuelles, épigraphiques, toponymiques et archéologiques pour le haut Moyen Âge, la présence de statues antiques ainsi que les raisons ou circonstances de leur disparition sont scrutées (Robert Coates-Stephens). Quant au maintien ou à la réutilisation de fontaines antiques, ils révèlent tout à la fois la vitalité d'activités productives ou commerciales et la grande quantité d'eau disponible (Annarena Ambrogi).
L'attention se porte également sur les plus importants témoignages épigraphiques en lien direct avec les lieux de transit ou d'arrêt (Ottavio Bucarelli). Des dessins d'Humanistes du XVIe siècle, épris de l'Antiquité, documentent opportunément d'anciennes sculptures en pierre (Orietta Lanzarini). On ne peut assurément taire l'omniprésence des blasons dans les rues les plus importantes, et spécialement aux carrefours, où ils attirent l'attention des passants sur les propriétaires des maisons et les responsables de travaux publics, notamment d'amélioration des voiries ou de sécurité urbaine (Andreas Rehberg).
D'autres rapports sont dédiés aux aménagements et réorganisations de certains quartiers de la ville. Les transformations médiévales du Campus Agonis, notamment des voies le reliant au reste de la ville, conduisent à s'intéresser aux 'cryptes' ou 'caves', en l'occurrence des espaces couverts créés à l'intérieur de structures anciennes abandonnées et réutilisés à des fins résidentielles, commerciales ou de stockage (Daniela Esposito). De récentes campagnes de fouilles renseignent sur les voies créées entre les Xe et XIe siècles dans la zone du Forum de Trajan (Maria Grazia Ercolino). L'étude du réseau de rues anciennes encore existant, associée à une analyse minutieuse de la législation du bas Moyen Âge et des interventions effectuées pour améliorer les conditions sanitaires à partir du XVe siècle, illustre l'état de l'art en matière d'évacuation des eaux usées et son évolution de la fin de l'Antiquité aux portes de la Renaissance (Michele Asciutti). Mention est encore faite que les façades peuvent devenir un lieu de conflit, même au sens physique du terme, entre l'intérieur habité/privé et l'extérieur donnant sur la voie publique (Lia Barelli).
L'attention se focalise ensuite sur la place occupée par le réseau viaire dans différents types de sources ou les préoccupations de diverses instances. Force est de constater l'absence des routes dans la 'carte mentale' des auteurs du Liber Pontificalis entre le VIe et le IXe siècle. Ceux-ci font référence à une ville où l'espace est marqué par des lieux d'intérêt historique et religieux et par les itinéraires qui les relient (Andrea A. Verardi). Si la mention depuis 1227 de magistri aedificiorum Urbis atteste l'attention réservée par la municipalité aux espaces publics, en particulier aux rues, aucune tradition normative n'est toutefois antérieure à 1360 (Cristina Carbonetti Vendittelli). L'examen de la documentation notariale de la seconde moitié du XIVe siècle révèle que très peu de rues sont alors désignées par un nom spécifique. Cette pratique ne deviendra courante qu'à l'époque moderne (Susanna Passigli).
À la fin du Moyen Âge, les rues sont un lieu essentiel de sociabilité, notamment dans la sphère religieuse et dans le domaine politique (Giulia Barone), ainsi qu'en matière commerciale quand, au XVe siècle, les papes commencent à améliorer les conditions de vie dans une ville accusant une croissance démographique et une réelle complexité sociale (Anna Modigliani). Les XIVe et XVe siècles voient aussi la concentration sur le Tibre et son secteur urbain d'un certain nombre d'activités économiques, productives et commerciales (Andrea Fara). Des sources écrites et iconographiques mettent en exergue les relations d'habitants avec différents animaux, d'aucuns à la présence surprenante dans les rues de Rome : cochons, loups, buffles (Francesca Alhaique, Luca Brancazi).
Une réflexion est encore menée sur la relation complexe, physique et matérielle, entre l'aménagement des rues et la construction des églises (Manuela Gianandrea). L'attention se porte aussi sur les décorations en mosaïque des façades d'églises (IVe-XIVe siècles), un art résolument ostentatoire (Simone Piazza). L'amélioration de la via Lata et la transformation de structures faisant face à la via Maior, deux des artères principales de la ville médiévale, s'inscrivent « entre processions et transformations de l'espace urbain » dans le cadre plus large de l'utilisation sociale et politique des rues aux XIIe-XIVe siècles (Claudia Bolgia). On ne peut en effet oublier que les rues de Rome ont été le lieu où l'Église a célébré des manifestations rituelles d'une importance particulière (Sante Guido). Suit une invitation à une relecture d'inscriptions susceptibles de préciser des datations pour Santo Nicola de Calcarario, un édifice du XIIe siècle (Giorgia Maria Annoscia, Monica Cesi).
Ce riche et dense volume, abordant de multiples facettes de l'univers viaire romain, d'aucunes porteuses d'un éclairage inédit, se clôture par l'annonce d'un essai de restitution du tissu urbain médiéval, largement détruit aux XIXe et XXe siècles. Le projet consiste en la cartographie des éléments survivants du bas Moyen Âge sur un plan précis de la ville, accompagnés de toutes les informations présentement disponibles, selon une méthodologie « régressive » (Maurizio Caperna, Donatella Fiorani).
Des dossiers demeurent assurément à ouvrir ou à approfondir, mais la valeur intrinsèque et originale des contributions, une iconographie de qualité et une bibliographie fournie confèrent à l'ouvrage une place toute particulière dans une thématique pour l'heure en voie de renouvellement.
Jean-Marie Yante