Rezension über:

Daniel Davies / R.D. Perry (eds.): Literatures of the Hundred Years War, Manchester: Manchester University Press 2024, XX + 386 S., ISBN 978-1-5261-4109-5, EUR 25,00
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Rezension von:
Sergio Boffa
Musée communal de Nivelles
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Sergio Boffa: Rezension von: Daniel Davies / R.D. Perry (eds.): Literatures of the Hundred Years War, Manchester: Manchester University Press 2024, in: sehepunkte 26 (2026), Nr. 9 [15.09.2026], URL: https://www.sehepunkte.de
/2026/09/39716.html


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Daniel Davies / R.D. Perry (eds.): Literatures of the Hundred Years War

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L'influence de la guerre de Cent Ans sur la littérature constitue un sujet qui, dans son ensemble, a été peu étudié. Cette relative négligence tient peut-être au fait que les recherches récentes ont fait de ce conflit un concept de plus en plus difficile à circonscrire. Nous serions ainsi en présence d'une 'fiction chronologique' élaborée par les historiens du XIXe siècle. En effet, cette guerre dépasse les dates qui lui sont généralement assignées, déborde largement les frontières des seuls royaumes de France et d'Angleterre, et ses enjeux excèdent la seule question de la couronne de France. Le conflit a néanmoins exercé une influence parfois profonde sur les auteurs de l'époque. Le sujet méritait donc pleinement d'être abordé.

L'idée de consacrer un ouvrage à la littérature pendant la guerre de Cent Ans fut suggérée par Emily Steiner lors du colloque « Method and the Middle English Text », qui s'est tenu à Charlottesville en avril 2016. Plusieurs des auteurs présents dans ce volume se sont ensuite rencontrés lors de la 93rd Annual Meeting of the Medieval Academy of America (2018) ainsi qu'à l'International Congress on Medieval Studies (2019). Certaines des communications présentées à l'occasion de ces rencontres, remaniées à des degrés divers, ont été reprises dans le présent ouvrage.

Les douze contributions qui le composent sont réparties en quatre sections. La première, intitulée « Genres of war », rassemble des chapitres consacrés aux transformations formelles que la guerre de Cent Ans a entraînées dans différents genres médiévaux. En étudiant les œuvres de Thomas Walsingham et de John Lydgate, Andrew Galloway soutient que, dans l'histoire littéraire anglaise, la tragédie ne prend véritablement toute sa dimension qu'à l'époque de John Lydgate, et non lors des premières expérimentations de Chaucer.

Elizaveta Strakhov s'intéresse aux pastourelles d'Eustache Deschamps ainsi qu'à celles du Codex 902 de l'Université de Pennsylvanie, qui mettent en scène les violences exercées contre les populations rurales pauvres, les femmes et les animaux. Ces poèmes procèdent à une déshumanisation des populations vulnérables afin de rendre intelligibles les atrocités de la guerre, dans une démarche qui peut aussi bien contribuer à leur justification qu'à leur critique.

À partir du témoignage des chroniqueurs, mais aussi d'un texte aujourd'hui connu sous le titre de « Metrical Prophecy », Daniel Davies se concentre sur le rôle de l'Écosse dans le conflit, partagée entre son antagonisme envers l'Angleterre et ses liens d'amitié avec la France. Cette étude de cas illustre parfaitement la complexité des relations internationales de l'époque.

La deuxième partie examine les « figures and sites of mobility », c'est-à-dire les lieux d'échange et les acteurs qui rendent possible l'innovation littéraire en temps de guerre. David Wallace montre comment la découverte, par Geoffrey Chaucer, de la poésie italienne de Pétrarque, Boccace et Dante fut rendue possible par le contexte de la guerre de Cent Ans, les intérêts diplomatiques et financiers liant alors les cités-États italiennes à l'Angleterre et à la France.

Lynn Staley analyse un ensemble d'écrits anglais composés entre la fin du XIIIe et le XVe siècle afin d'étudier la manière dont les marchands y sont représentés. Il en ressort que ce groupe social se présente comme le garant de la prospérité et de la paix et s'oppose, à ce titre, à la guerre ainsi qu'aux hommes d'armes qui ravagent le monde.

Helen Fulton examine les descriptions de la ville de Calais dans la poésie galloise. Après 1347, les Gallois, colonisés récemment par les Anglais, deviennent à leur tour des colonisateurs. Calais constitue alors un espace où se croisent Anglais, Écossais, Irlandais, Flamands et Français, ce qui contribue à ouvrir le pays de Galles à l'échelle internationale.

La troisième partie, intitulée « Theorising War », porte sur les textes qui proposent une réflexion sur la pratique de la guerre ou sur la théorie politique. Stefan Vander Elst revisite l'œuvre de Philippe de Mézières et montre que celui-ci ne souhaitait pas seulement la cessation des hostilités en Occident afin de préparer une nouvelle croisade en Terre sainte. Il estimait également que les maux qui avaient entraîné la chute des royaumes latins d'Orient étaient les mêmes que ceux qui avaient conduit à la guerre de Cent Ans et au schisme.

À partir de plusieurs chroniques et 'miroirs des princes', Matthew Giancarlo montre comment la guerre a exacerbé les conflits de classe : les paysans n'étaient généralement pas épargnés par les hommes d'armes de leur propre camp, alors même qu'ils devaient supporter l'essentiel de l'effort fiscal. Il étudie également la manière dont les princes ont tenté d'atténuer les principales révoltes sociales.

Lucas Wood s'intéresse au genre du 'songe politique' et s'attarde sur le Quadrilogue invectif d'Alain Chartier. Grâce à ce dispositif littéraire, l'auteur peut franchir les limites imposées à la critique politique de son temps et affirmer que les difficultés de la France sont d'ordre idéologique plutôt que militaire ou financier.

La quatrième partie, « Lives during Wartime », examine la manière dont la guerre a pu façonner les destinées individuelles. Alani Hicks-Bartlett relit l'œuvre de Christine de Pizan, non plus sous l'angle de son contenu politique, comme cela a souvent été fait, mais afin d'en mettre au jour la dimension intime et les sentiments de l'auteure, où se mêlent tristesse, souffrance et frustration. Ces émotions étaient largement partagées par une part importante de la population, tout particulièrement par les femmes.

Jennifer N. Brown montre comment les messages de deux des principales visionnaires religieuses de la fin du Moyen Âge, Brigitte de Suède et Catherine de Sienne, ont été exploités à des fins de propagande ou, au contraire, dénigrés lorsqu'ils ne s'accordaient pas avec la politique du moment.

Julia R. Mattison étudie la collection de manuscrits du duc Humfrey, frère d'Henri V et bibliophile de renom. L'histoire de ces ouvrages, acquis par don, achat, legs ou vol, montre comment la guerre a ouvert de nouvelles voies à la circulation des manuscrits.

Sans révolutionner l'histoire littéraire du bas Moyen Âge, les études réunies dans ce volume apportent de nouvelles perspectives sur la manière dont la guerre s'inscrit dans l'histoire de la littérature. Signalons enfin que l'ouvrage est disponible en libre accès en ligne. Nous ne pouvons que saluer Manchester University Press et les directeurs de ce volume pour ce choix.

Sergio Boffa